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Marc Trivier

Au fond tout se ressemble, Trivier a toujours – selon ses propres dires – photographié rigoureusement la même chose. Des gens, des arbres, des vaches, tout se tient et forme un tout. De même que les images les plus anciennes et les plus récentes se confondent, sans que l’on puisse déceler une quelconque évolution formelle.

La biographie

Né en 1960, Marc Trivier a étudié la photographie à l’École Nationale des Arts Visuels de la Cambre (Bruxelles), avant de s’installer avec sa compagne à Haut-le-Wastia, un village reculé du Condroz.
En 1980, il obtient le Prix de la Fondation belge de la Vocation (il est le premier photographe à l’avoir reçu), en 1984 il est lauréat du Prix Photographie Ouverte décerné par le Musée de la Photographie à Charleroi et en 1988 du prestigieux Young Photographer Award décerné par l’International Center of Photography à New York.
Il a animé des ateliers de pratique photographique dans des pénitenciers en France et dans des camps de réfugiés en Palestine.
Ses expositions personnelles sont rares mais toutes furent marquantes : au Centre National de la Photographie à Paris (1986), au Musée de l’Élysée à Lausanne (1988), au Centre Régional de la Photographie Nord/Pas-de-Calais à Douchy-les-Mines (2002), au Casino à Luxembourg (2002), à la Maison Européenne de la Photographie à Paris (2011), au Musée de la Photographie de Charleroi (2017).
Au nombre de ses publications monographiques, citons Photographies (1988), L’élection (1993), Le paradis perdu (2001), My Beautiful (2004), Seul… D’un lent regard (2011) et Photographies (2) (2017).

D’abord vinrent les portraits, d’artistes et d’écrivains, souvent âgés, réalisés pour la plupart alors que Trivier est un tout jeune homme et nécessitant des voyages dans des conditions précaires : Paris, Londres, Tokyo, Buenos Aires, New York, Rabat,… Une quête d’images, de rencontres, autant de tentatives d’aller à l’essentiel, peut-être de comprendre ce qui distingue ces hommes et ces femmes du commun des mortels. Ou pas. Donner un visage et un corps à la création ? Tisser des liens improbables.
À côté de ces artistes et traités d’une même manière, des patients colloqués dans des institutions psychiatriques. Mêlant les uns et les autres en refusant de les distinguer, lorsqu’il les a exposés pour son travail de fin d’études, Marc Trivier a brouillé les pistes et intitulé sa série Portraits d’artistes et de joueurs d’échecs argentins.
Des vies d’humains racontées par des regards, dans la rigueur de carrés éblouissants.
Parallèlement surgissent les photographies d’arbres, d’animaux promis à l’abattoir, les scènes d’équarrissage. Mais au fond tout se ressemble, Trivier a toujours – selon ses propres dires – photographié rigoureusement la même chose. Des gens, des arbres, des vaches, tout se tient et forme un tout. De même que les images les plus anciennes et les plus récentes se confondent, sans que l’on puisse déceler une quelconque évolution formelle.
À un moment, le photographe s’est senti bloqué dans sa pratique du portrait. À force de photographier des humains qui posaient pour lui, il se trouvait confronté à des situations, à des expériences connues, parfois même confortables, rassurantes puisque posant des problématiques pour lesquelles il avait déjà trouvé des solutions.
Opter pour un autre matériel, un autre format lui est alors apparu comme une porte de sortie, et le fidèle Rolleiflex a fait place à un antique et très rudimentaire Brownie Kodak – de surcroît dépourvu de viseur et peu étanche à la lumière !
Ce changement d’outil a induit des sujets différents, en l’occurrence des paysages. Même si les portraits peuvent se lire comme des paysages et les photos d’arbres comme des portraits. Le sujet n’est en fin de compte souvent qu’un alibi ; c’est le traitement de la lumière, de l’espace, qui fait une image.
Puis vint l’envie (le besoin ?) de ne pas s’en tenir à une image unique, mais de tirer un autre parti du temps. Non plus celui que l’on fige par un déclenchement, mais celui qui s’écoule d’une vue à l’autre, tout au long des huit images autorisées par la bobine chargée dans le Brownie. Huit moments qui, mis bout à bout, constituent tout à la fois une ébauche et une fin en soi.
Marc Trivier a depuis longtemps tourné le dos au succès, choisissant de rester sourd au chant des sirènes. Il n’a pas fait de la photographie son métier et si certains ont pu déplorer – voire lui reprocher – de ne pas accomplir une œuvre, son refus des compromis et des compromissions lui permettent de maintenir intacte la joie qu’il éprouve à photographier.